Actualités
Faire de la recherche autrement
Modèles alternatifs, nouvelles écritures et ancrages sociétaux de la recherche.Séminaire de recherche : conférences et ateliers
Du 12 au 14 janvier 2026 - Arles Créative
La recherche, qu’elle soit académique ou industrielle, traverse une période de puissante remise en question après une longue période de relative prospérité et légitimité depuis l’émergence de la Big Science jusqu’à l’explosion de la recherche privatisée des géants de la tech. Le modèle de la recherche publique s’était déjà abîmé au rythme des crises économiques et des réformes de l’ESR des années 2000. Un coup de grâce symbolique a été porté à son lien de confiance avec la population avec l’avènement de la post-vérité et la prise de conscience de l’urgence climatique, en tant qu’ils sont révélateurs des contradictions de la science.
Ainsi, la recherche alerte sur la catastrophe climatique en cours, tout en étant la cheville ouvrière des technologies qui ont permis la destruction de l’environnement. De même, la post-vérité brouille les frontières entre expertise et propagande, la science étant mise à contribution pour servir des idéologies parfois opposées, quand elle n’est pas directement impliquée dans la production d’intérêts privés ou de décisions politiques qui ne disent pas leur nom.
C’est d’abord une crise des modèles, où les structures traditionnelles, privées et publiques, montrent de plus en plus leurs limites tant sur le plan économique (précarité, dépendance aux financements, soumission aux impératifs technologiques) que social et politique (monopolisation, décalage entre l’utilité perçue et l’utilité réelle, rapport au commun, déconnexion du réel). Dans ce contexte, on voit émerger des modèles hybrides (coopératives, modèles open-source, chercheurs indépendants) qui semblent redéfinir les rapports de pouvoir et les finalités de la recherche, tout en opérant dans une économie fragile et un floutage des limites entre expertise, activisme et innovation.
C’est aussi une crise de sens, dans un contexte de surproduction scientifique, souvent standardisée et déconnectée des enjeux sociétaux, qui interroge quant à son utilité sociale, sa pertinence épistémologique et son accessibilité. Le modèle de restitution de la connaissance savante n’a pas fondamentalement évolué depuis le XIXè siècle alors même que tout a changé : les supports de diffusion, les modalités d’accès, les attentes sociales, le public, le niveau scolaire moyen dans la population générale, et les temporalités (l’urgence climatique ne peut attendre les cycles de publication académique). Il s’agit donc aussi de s’adapter en considérant de nouveaux besoins (interdisciplinarité, recherche-action, expérimentation) et en créant de nouvelles formes (écriture ouverte, travaux collaboratifs, prospective, art-science, prototypage), tout en redonnant une place importante à l’épistémologie, la critique scientifique et la recherche exploratoire qui sont devenus les parents pauvres du domaine
C’est enfin une crise de légitimité, où la séparation d’avec la société civile se creuse alors même que les attentes en matière de transparence, de pédagogie et d’impact concret n’ont jamais été aussi fortes. Le rapport entre recherche et société oscille entre méfiance à l’égard des sachants et du discours scientifique, et instrumentalisation des chercheurs pour justifier des décisions politiques, des idéologies ou justifier un état du monde. On voit poindre aussi un réductionnisme qui infiltre toutes les sphères sociales et qui tend à affirmer la science comme la seule voie légitime pour identifier les vrais enjeux et orienter les choix collectifs. Au delà de la charge qu’elle fait porter sur la science, cette ambivalence méconnaît outrageusement le caractère nécessairement politique de toute décision publique, et contribue à l’affaiblissement du débat public en postulant que les conclusions de la science sont par définition « acceptables » socialement, ce qui est radicalement faux. À l’opposé, les nouvelles manières de faire de la recherche intègrent de plus en plus la « société » dans leur positionnement épistémique, que ce soit en l’impliquant dans le processus même de production des savoirs (sciences participatives, recherche-action), ou en « concevant » le projet de recherche comme une réponse « politiquement située » face à une question considérée comme intrinsèquement non-neutre, ou encore en faisant la promotion d’un dialogue efficace et d’une intermédiation comme nouvelle « mission » essentielle de la recherche.
Ces crises appellent une refondation de la recherche, ainsi qu’à un dialogue entre acteurs de la recherche, de la société, de la culture et de l’entreprise. Ce séminaire se veut un espace pour cartographier les alternatives émergentes et leurs limites, expérimenter des formats d’élaboration et de restitution des connaissances, et travailler le lien social et démocratique. Nous proposons d’explorer trois leviers de transformation pour une recherche ancrée dans le réel :
- Les modèles économiques et organisationnels : Qui produit la recherche, et comment ? Comment ces modèles redéfinissent-ils la légitimité et l’autonomie de la recherche ? Quels sont leurs avantages et limites en termes de pérennité, de visibilité et d’impact ? Comment concilier indépendance, reconnaissance institutionnelle et autonomie économique ?
- Les engagements : Quel rôle social pour la recherche et comment le concrétiser dans un contexte de transition écologique ? Comment investir le champ socio-économique dans une dynamique apprenante et non-surplombante ? Quelles relations science/société co-construire sans négliger les apports et les besoins de chacun ? Quelles relations avec les acteurs du champ politique et informationnel ?
- Les formats de la recherche : Comment faire de la recherche à l’heure du flux continu, de l’IA et de la méta-analyse ? Quelles alternatives au "publish or perish" et au formatage des productions scientifiques ? Comment évaluer la qualité et l’impact épistémologique (refonder le pair-à-pair, métriques alternatives) ? Quels formats pour rendre la recherche plus adaptative, engageante et appréhendable pour la société ?
Au programme
Les matinées seront consacrées à mettre en lumière des alternatives émergentes et les enjeux qu’elles soulèvent. Ces sessions visent à alimenter une réflexion collective axée sur l’articulation entre théorie et pratique et entre science et société.
Les après-midis seront dédiées à des ateliers et des discussions ouvertes visant la mise en pratique.
L’événement se tiendra en présentiel.
Les rencontres auront lieu du lundi 12 au mercredi 14 janvier 2026 à Arles :
* 12 janvier / Des modèles pour rechercher autrement
* 13 janvier / Quels formats pour partager les connaissances ?
* 14 janvier / Renouer le dialogue entre science et société
Adresse : Arles Créative, 16 rue des arènes 13200 Arles
Inscriptions via HelloAsso, prix libre à partir de 5 €.
Pour toute information complémentaire : elodie.rene@ananke.coop
| 9h00-12h30 |
Lundi 12 janvierDes modèles pour rechercher autrementIntroduction, fil rouge des journées et présentation d'Ananké Samuel Tronçon – Netlab, Ananké Elodie René – Netlab, Ananké Présentation du Réseau ALLISS et des GT territoires Stéphanie Bost – ALLISS Discussions |
| 14h00-18h00 |
Atelier inventez votre tiers-lieu de recherche
pour construire une société pérenne, équitable et émancipatrice Marion Roullet – Atelier CIRCULR Emmanuel Laurent – La Myne, MSER Conclusion de la journée |
| 9h00-12h45 |
Mardi 13 janvierQuel format pour la recherche ?La fabrique du passé - L'économie de la production de connaissance en archéologie Claire Chanteraud – EDYTEM, Université Savoie Mont Blanc Inventer des marges pour la recherche fondamentale Matthieu Barbier – Cirad Montpellier, INTP Azenor Bideault – INTP De la neuroinformatique à la recherche-action participative en agroécologie : méthodes et retour d'expérience Sylvain Takerkart – INT (CNRS, AMU), Association VVOUM, Atecopol Aix-Marseille Discussions |
| 14h00-18h00 |
Atelier co-construire des cadres de référence partagés autour des notions de transition/bifurcation/redirection écologique avec les acteurs territoriaux et les citoyens. Elodie René –Netlab, Ananké Angela David – Formatrice Recherche Opérée en Communs Argumentaire, description et illustrations Alain Mille, Jérémy Virgo, Emmanuel Laurent–Coexiscience Discussions et conclusions de la journée Ecritures alternatives pour renouveler les modalités de production, diffusion et valorisation de la recherche |
| 9h00-12h30 |
Mercredi 14 janvierRenouer le dialogue entre science et sociétéDémarche innovante d'appui aux politiques publiques Nils Ferrand- INRAE Cadrage théorique sur les différentes approches de la recherche et les enjeux conjoints de transformation pilotée par l'impact : 1. Retour d’expérience (recherche, socio-éco, élus) 2. Mise en perspective théorique 3. Discussion sur les évolutions récentes (IA, modes de financement, etc.) – IA pour la transformation de l’action publique – Living-lab et policy lab en association – Knowledge brokering vs nouveaux paradigmes de transfert – Place de la modélisation avec / pour les acteurs – Statut transformatif du suivi-évaluation – Approches sensibles et artistiques |
| 14h00-17h00 |
Atelier pratique Nils Ferrand - INRAE Études de cas* virtuels (jeux de rôle) Mise en situation de co-design d’action collaborative de recherche avec positionnement de démarches innovantes et mise en perspective par rapport aux attendus et contraintes. Généralisation et co-écriture : 1. Modalités / règles de collaboration 2. Innovations dans les démarches Conclusion |
